Message de notre CIO : les Etats-Unis augmentent fortement les droits de douane

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Daniel Varela Chief Investment Officer

Donald Trump et son administration ont choisi la thérapie de choc. L’augmentation des droits douane annoncée en ce 2 avril est en effet bien plus forte que ce qui était attendu par la majorité des économistes et des investisseurs. Cette hausse des tarifs se décompose en deux parties. Une taxe de base de 10% et un impôt supplémentaire appliqué à chaque « partenaire » commercial. Cette dernière taxe est déterminée essentiellement par l’excédent commercial de chacun des pays envers les Etats-Unis. Les pays du sud-est asiatique sont les plus concernés par ces taxes à l’exemple du Vietnam (46%) ou la Thaïlande (36%). La Chine se voit appliquer une taxe supplémentaire de 34% qui s’ajoute à la taxe de 20% annoncée préalablement. Les importations en provenance de l’Union européenne seront majorées de 20%, tandis que la Suisse se voit infligée de droits de douane de 31%. A noter, toutefois, que certains secteurs d’activité sont exemptés de nouvelles taxes. Le secteur pharmaceutique en fait partie, ce qui devrait un peu mitiger l’impact sur les exportations helvétiques. Les semiconducteurs et l’énergie sont également exemptés. Ces mesures auront pour conséquence de faire progresser le taux moyen sur les importations américaines vers 25%, un taux inédit depuis près d’un siècle. Une réaction des principaux partenaires est attendue, en particulier en provenance de l’Europe et de la Chine. Des représailles sont envisagées, même si l’issue la plus probable passera certainement par des négociations bilatérales afin de réduire ces taxes au cours des prochains mois.
Ces taxes auront forcément un impact économique. Les perspectives conjoncturelles seront révisées à la baisse dans le monde et plus particulièrement du côté des Etats-Unis. De moindres investissements sont ainsi à attendre du côté des entreprises américaines, tandis que la consommation des ménages pourrait également être pénalisée en raison du choc inflationniste que ces taxes devraient provoquer. Mais, à moins d’une forte remontée du taux de chômage au cours des prochains mois, notre scénario table toujours sur une certaine résilience de la consommation privée outre-Atlantique. A moins d’une escalade de la guerre commerciale, les Etats-Unis pourraient donc échapper à un épisode de récession, bien qu’un ralentissement conjoncturel assez sévère semble garanti sur les tous prochains mois. Ce contexte devrait, par ailleurs, inciter les grandes banques centrales à poursuivre la détente de leurs politiques monétaires. Nous nous attendons en particulier à des baisses de taux supplémentaires du côté de la Banque centrale européenne et de la Réserve fédérale américaine. Et nombreux seront les pays qui envisageront également des mesures de relance budgétaire pour venir notamment en soutien des entreprises et secteurs les plus exposés à cette guerre commerciale.
A la suite de ces annonces, les bourses asiatiques et européennes affichent une réaction relativement contenue, tandis que le marché des futures indique une baisse un peu plus prononcée à l’ouverture du côté de Wall Street (-3%). Et sur le marché obligataire, les rendements se détendent assez nettement, y compris aux Etats-Unis, signe que les investisseurs s’inquiètent plus des retombées économiques négatives que du rebond temporaire de l’inflation. Sur le marché des changes, le dollar américain accuse le coup et s’inscrit en forte baisse vis-à-vis de la plupart des devises.
Auteur
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Diplômé de l'Université de Genève en Gestion d'entreprises, option Finance, Daniel Varela a débuté sa carrière en 1989 en tant que gérant obligataire. Il rejoint la Banque Piguet & Cie en 1999 en tant que Responsable de la gestion institutionnelle également en charge de l'analyse et de la gestion obligataire de la Banque. En 2011, il est devenu Responsable de la stratégie d'investissement et du département des investissements de Piguet Galland. Il a rejoint le Comité de Direction de Piguet Galland en janvier 2012 en tant que Chief Investment Officer.